carte Malouines

L’Histoire nous permet d’apprendre ce qui nous a précédé. En son temps, Karl Marx avait averti que « celui qui ne connaît pas l’histoire est condamné à la revivre », démontrant ainsi la nécessité pour chacun de connaître les événements passés qui, bien souvent, fournissent une source d’explication pour les événements présents et futurs. Mais connaître l’histoire c’est aussi raconter ce qui est passé sous silence, ou volontairement oublié par certains. Au travers de cette série d’articles, je vais m’efforcer de mettre à jour des faits ignorés aujourd’hui mais ô combien importants.

Pour ce quatrième épisode je m’éloigne de la thématique de la lutte anticolonialiste et anti-impérialiste, notamment avec l’aide cubaine à l’Afrique (partie 1 et partie 2) et à propos de la Tricontinentale. Cette fois je m’intéresse à la guerre qui a opposé durant près de soixante-dix jours l’Argentine au Royaume-Uni au sujet des îles Malouines. 

  • Les Malouines : géographie et informations 

Les Malouines, ou Falkland Island sont un archipel de plusieurs petites îles situées dans l’Atlantique Sud, à plusieurs centaines de kilomètres des côtes Argentines. L’appellation de ces îles suscitent, en elle-même, une opposition entre Britanniques et Argentins. Pour les premiers ce sont les Falkland Island, pour les seconds les Islas Malvinas (Malouines). L’histoire de cette opposition remonte en fait à la découverte de ces territoires puisque pour l’Argentine le territoire fut découvert par Estévao Gomez, un explorateur espagnol. Par pour les Anglais qui attribuent cette découverte à John David en 1592. Même si ce n’est qu’à partir du XVIIIe siècle que l’île commence à être colonisée par les Européens, et que ce n’est qu’en 1833 que le Royaume-Uni prend le contrôle entier de ces territoires. Depuis, les Argentins contestent cette souveraineté britannique. 

Les Malouines se composent de la manière suivante : deux îles principales, les Malouines occidentales, et les Malouines orientales (où se trouve la capitale Port Stanley) ainsi que plusieurs centaines d’autres petites îles et îlots couvrant en tout une superficie de 2 173 km carrés. Elles sont peuplées par un peu plus de 3 000 habitants, tout en affichant l’un des PIB par habitant les plus élevés du monde. 

  • La guerre des Malouines

En 1982 Margaret Thatcher est déjà la première ministre du Royaume-Uni tandis que l’Argentine est, depuis 1976, sous la coupe de la dictature militaire. Crise économique et répression des opposants sont le quotidien des Argentins, et la junte au pouvoir pense que l’invasion des Malouines servira à détourner l’attention des problèmes de tous les jours. Les scènes de liesses populaires après l’annonce du débarquement des troupes confirmeront cette analyse. 

La guerre des Malouines débute donc le 2 avril 1982, à quatre heures du matin, lorsque près de 5 000 soldats argentins débarquent dans les Malouines, mais aussi dans les îles de Géorgie du Sud. Et, si les Argentins espéraient en réalité que la solution se règle à l’ONU, afin de pouvoir garder le contrôle de ces îles, Margaret Thatcher écarte elle toute idée de négociation et décrète l’envoi de troupes aéronavales, la Task Force, pour récupérer les îles. 

Le temps que ces dernières ne parcourent les près de 13 000 kilomètres séparant le Royaume-Uni des Malouines, les militaires argentins s’organisent. Ils transforment les îles en un véritable camp militaire, fortifient les côtes et envoient des milliers de recrues supplémentaires. Mais ils savent aussi que la puissance anglaise est bien supérieure à la leur. Pourtant la dictature persiste et signe en réitérant son souhait et sa volonté de ne jamais rendre les Malouines. 

Le 1er mai 1982 les forces britanniques lancent une attaque aérienne contre les positions argentines autour de Port Stanley, la capitale des Malouines. Conscients de leur supériorité numérique et technologiques, les Anglais sont confiants. Mais les Argentins résistent du mieux qu’ils le peuvent s’appuyant notamment sur leur flotte et leurs pilotes. Ceux-ci arrivent d’ailleurs à couler le Sheffield, en réponse au torpillage du Belgrano, navire qui faisait la fierté de la marine argentine. 

La perte du Sheffield n’entame pas la détermination des Britanniques. Voyant que les alentours de Port Stanley sont correctement protégés et fortifiés, ils choisissent de débarquer à l’autre extrémité, à San Carlos où ils ne sont qu’une poignée d’Argentins à défendre cette position. 100 kilomètres séparent le lieu du débarquement de Port Stanley. Une distance que les troupes anglaises vont devoir parcourir à pied, à la merci des avions argentins, et par des températures inférieurs à 0 degré. Néanmoins malgré ces difficultés les Anglais progressent, et l’Argentine se rend bien compte qu’il devient de plus en plus dur de continuer à faire face. D’autant plus pour défendre un territoire où aucun Argentin ne réside. 

Finalement, le 14 juin 1982 les troupes Britanniques font leur entrée dans Port Stanley, le 20 juin est décrétée la fin officielle des hostilités et le 14 juillet 1982 les deux pays signent un accord qui met véritablement fin à la guerre. Les chiffres des pertes des deux côtés divergent selon les sources, mais globalement il y aurait eu aux alentours de 1 000 victimes. Parmi elles près de 700 Argentins, et près de 300 Britanniques.

Si les répercussions en Angleterre sont bénéfiques pour le gouvernement de Margaret Thatcher, elles sont en revanches catastrophiques pour la dictature militaire en Argentine. A l’issue de la fin des conflits les Malouines repassent ainsi sous domination du Royaume-Uni, de même que les îles de Géorgie du Sud, où les Argentins avaient débarqué le 3 avril 1982. Par ailleurs l’occupation de l’armée argentine des îles Sandwich du Sud prend également fin.

Les deux pays rompent aussi leurs relations diplomatiques, et ne les rétabliront que le 15 février 1990. Enfin pour la dictature militaire, cette défaite marque le début de la fin. Le 29 juin 1982 Léopold Galtieri, le général-président est chassé du pouvoir. L’année suivante, en 1983, des élections sont organisées marquant le commencement de la transition démocratique.

  • Qu’en est-il maintenant ? 

Aujourd’hui encore l’Argentine revendique sa souveraineté sur les Malouines. Pour l’ONU cette question n’est toujours pas résolue, et les Malouines figurent toujours sur la liste des territoires non-autonomes. Plusieurs arguments sont mis en avant par l’Argentine pour expliquer sa souveraineté : 

– la proximité géographique 

– la dimension historique 

– elle continue à considérer l’occupation britannique de 1833 comme une colonisation

De leurs côtés les Britanniques s’appuient eux sur la composition de la population, d’origine Britannique. D’ailleurs, en mars 2013, 99,8% des votants au référendum ayant pour sujet la souveraineté de l’île déclaraient leur souhait de rester sous celle du Royaume-Uni. 

Autrement dit, même si les souvenirs des horreurs de la guerre sont encore biens présents dans les deux camps, chacun des deux pays continuent de clamer que les Malouines lui appartiennent.