Les Farcs reprennent la lutte armée
D’anciens membres des FARC, dont l’ex-numéro 2 Ivan Marquez ont annoncé leur retour à la lutte armée devant le non-respect des Accords de La Havane par le gouvernement colombien. Crédits : FARC VIDEO / HANDOUT/EPA/MAXPPP

Devant le non-respect des Accords de La Havane, signés après plusieurs années de négociations, le 24 novembre 2016, entre le gouvernement colombien et les FARC-EP, certains membres de l’ancienne guérilla ont décidé de reprendre la lutte armée. L’annonce a été faite par l’ancien numéro-2 du mouvement, Ivan Marquez? qui était déjà retourné à la clandestinité en mai dernier. Avant ça, d’autres anciens membres des FARC avaient pris la décision de reprendre les armes et de rejoindre, pour certains, l’Armée de libération nationale (l’ELN), la plus ancienne guérilla du pays. 

Des centaines d’assassinats de leaders sociaux et d’ex-guérilleros 

Les espoirs de paix auront ainsi été de courte durée. La faute à l’exécutif colombien, et notamment au nouveau président Ivan Duque élu le 7 août 2018, qui n’a jamais respecté sa part du contrat. Pourtant, à l’issue des accords les FARC-EP (Forces armées révolutionnaires de Colombie – Armée du peuple) avaient consenti à déposer les armes et à se transformer en un parti politique légal : la FARC (Force alternative révolutionnaire commune), obtenant même cinq sièges de députés et cinq sièges de sénateurs. Mais, bien que le parti soit légal, et les anciens membres de la guérilla théoriquement protégés par la ratification des accords (protection qui a pris fin en ce mois d’août), les garanties de sécurité et les promesses du gouvernement n’ont pas été tenues. 

Bien au contraire, depuis le mois de novembre 2016 ce sont ainsi « plus de cinq cents militants de mouvement sociaux, et près de cent cinquante combattants » qui ont été assassinés. Et la tendance ne va pas à l’amélioration. Puisque depuis l’accession à la présidence d’Ivan Duque ce sont 229 défenseurs des droits humains, 66 leaders indigènes, 5 leaders afro-colombiens, 106 paysans écologistes, et 33 anciens guérilleros qui ont été tués. Dans un article en date du 18 mai 2019, le New-York Times révélait que les nouveaux ordres reçus par l’armée colombiennes étaient les suivants : « double the number of criminals and militants they kill, capture or force to surrender in battle — and possibly accept higher civilian casualties in the process » (doubler le nombre de criminels et de militants qu’elles (les forces armées) tuent, capturent, ou forcent à se rendre lors des combats – y compris si cela implique davantage de perte civiles). De quoi faire froid dans le dos. De quoi surtout comprendre pourquoi les différentes guérillas (FARC, ou ELN) ont eu, ou ont un ancrage parfois fort dans la population. 

Quant à la promesse de l’introduction d’une réforme agraire, et d’autres réformes sociales, préconisées par les FARC ? Rien. Le gouvernement temporise, volontairement. Et pendant ce temps les paramilitaires ont tout le loisir de prendre le contrôle des zones délaissées par la guérilla. Si bien que, là où avant les FARC assuraient l’ordre, mais aussi diverses missions sociales, dans des zones où l’Etat n’investit pas et se soucie peu du bien-être des populations locales, certains demandent leur retour. En témoigne cet extrait d’un article du Monde diplomatique du mois d’août 2019  : 

Au milieu du chaos, un constat revient : le désarroi de paysans qui s’accommodaient naguère de l’ordre que faisait régner la toute-puissante guérilla des FARC-EP. Eux ne demandent qu’une chose : « Que les FARC reviennent ! »

Mais alors que la situation semble préoccupante, la majorité des anciens guérilleros, « restent dans le processus de paix » selon l’ancien chef des FARC : Rodrigo Londono Echeverri, alias Timochenko, qui désapprouve ce retour à la lutte armée. De son côté le gouvernement colombien annonce, déjà, en grande pompe, une vaste offensive contre ceux ayant repris les armes. De quoi être certain que la paix en Colombie n’est pas pour tout de suite.