A Rouen des manifestants se rassemble pour exiger la vérité. © Sputnik .

Voici maintenant plusieurs jours que l’inquiétude gagne les habitants de Rouen et de ses alentours, suite aux incendies qui ont touché le site de l’entreprise Lubrizol, classé Seveso*. Pourtant, en dépit des fumées, de l’eau marron, des pluies de suies, de la liste des produits chimique qui ont brûlé (plus de 5300 tonnes) et des plaintes des habitants, le message du gouvernement se veut être rassurant et tranquillisant. Surtout, à entendre les différentes déclarations la transparence serait de mise. 

Ainsi Christophe Castaner déclarait sur RTL le 26 septembre dernier : « Il n’y a pas de raison de s’inquiéter outre mesure. Je n’ai aucun élément qui permettent de penser que les fumées, en particulier, seraient dangereuses. » Pourtant, quelques jours plus tard, Gérard Darmanin, le ministre de l’Action et des Comptes publics, précisait que : « Quatre ministres se sont déplacés. » Il y a eu « des fermetures immédiates des écoles », et il n’y aura « pas de réouvertures en attendant le fait qu’on soit sûrs, effectivement, qu’il n’y ait plus de pollution » (30/09). 

Concernant les odeurs, insupportables selon les personnes sur places, le Premier ministre se veut, là encore, rassurant : « Je ne dis pas que les odeurs ne sont pas gênantes, encore une fois je vous dis ce que disent les analyses qui m’expliquent qu’elles ne sont pas nocives » (30/09). Pas d’inquiétude à avoir donc, c’est d’ailleurs ce qu’a répété la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye : « Les premiers résultats que nous avons concernant la qualité de l’air et la qualité de l’eau sont extrêmement rassurants » (02/10). Et si à l’avenir il devait y avoir un problème, le mot d’ordre étant la transparence, les personnes concernées seraient alertées, comme le précise le ministre de l’Agriculture, Didier Guillaume  : « Il faut la transparence totale, rien ne sera caché. Tout ce qu’il y a en possession de l’état, toutes les analyses seront communiquées, à tout le monde » (30/09).

Les déclarations et prises de paroles sont donc globalement rassurantes. Même si Agnès Buzyn le 2 octobre sur France Inter lâchait : « j’ai évidemment, comme tous les habitants de Rouen, dit : la ville est polluée. Je ne vais pas commencer à nier l’évidence. » 

Ainsi d’un côté les analyses seraient bonnes, de l’autre il y a bien un problème de pollution directement dû aux incendies. Les scientifiques et l’enquête demandée par les parlementaires devraient, et devront nous en apprendre plus. 

Que vaut encore la parole du gouvernement ? 

En effet beaucoup de personnes, et notamment celles sur place, directement impliquées par ce qu’il se passe, n’ont plus confiance dans le gouvernement et ne croient pas en ses déclarations. Il faut dire que depuis le début du quinquennat d’Emmanuel Macron, et notamment depuis le début du mouvement des Gilets jaunes, plusieurs déclarations mensongères où intrigantes ont été prononcés.

Du refus du gouvernement de parler de violences policières devant les mutilés et les milliers de blessés, aux paroles de Sibeth Ndiaye (« J’assume parfaitement de mentir pour protéger le président ») l’inquiétude semble légitime. Elle l’est encore plus si l’on se rappelle les paroles de Christophe Castaner lors de la prétendue attaque, le 1er Mai dernier, par un groupe de Gilets jaunes de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière : « Ici, à la Pitié-Salpêtrière, on a attaqué un hôpital. On a agressé son personnel soignant. Et on a blessé un policier mobilisé pour le protéger. » Problème ? Le Premier ministre avait dû rapidement retirer ses propos après que des vidéos aient circuler et surtout après que les témoins directs se soient exprimés.

Dernier élément, un récent article de Libération, révélait le témoignage d’un pompier professionnel ayant été parmi les premiers sur le site suite à l’explosion : « on me dit que mes propres résultats d’analyses me sont inaccessibles, qu’elles doivent rester confidentielles. Comment voulez-vous qu’on ne devienne pas paranos ? »  Comment effectivement ?


  • Les sites dits « Seveso » sont des sites industriels présentant des risques d’accidents majeurs. Il est préconisé d’y maintenir un haut niveau de prévention. Le site de Lubrizol est classé « seuil haut ».