Quelques mois après le lancement de la procédure référendaire concernant la privatisation, ou non, des Aéroports de Paris (ADP) il faut bien avouer que l’objectif initial de 4,7 millions de signatures sera difficilement atteignable. La faute à qui ?

D’abord au gouvernement bien-sûr qui, dès le début, avait vu d’un mauvais œil ce processus « cela pose un vrai et grave problème démocratique » avait déclaré le Premier ministre. Peut-être faudrait-il lui rappeler l’étymologie du mot démocratie. Qu’importe, il était du devoir du gouvernement de parler de cette procédure, quitte à faire campagne pour la privatisation, afin de la faire connaître aux Français. Second coupable : les médias. Eux qui sont si prompts à parler de démocratie quand il s’agit d’autres nations, n’ont visiblement pas à cœur qu’elle vive en France. Enfin derniers responsables les partis politiques eux-mêmes qui, à l’exception de quelques-uns, ne se sont pas pleinement investis dans cette bataille. Pourtant, à l’Assemblée nationale et au Sénat, insoumis, communistes, socialistes, républicains (LR) avaient mené front commun au mois de mai dernier pour déclencher cette procédure.

Les différents compteurs affichent pour l’heure à peine plus de 820 000 signatures validées, alors qu’à la date où nous sommes ils devraient afficher plus de 1 900 000 signatures. L’écart est tel que désormais l’objectif affiché est le million de signatures le plus rapidement possible. Et après ? Car le véritable objectif, initial, était de 4 717 396 signataires. Certes l’été et les vacances n’ont sans doute pas aidé à la mobilisation. Mais le temps restant suffira-t-il à mobiliser tout le monde ?

Quand ADP rime avec rentabilité

La privatisation d’ADP rentre dans une loi plus générale, prévoyant également la privatisation de la Française des jeux et d’Engie. C’est un secteur éminemment stratégique car un aéroport c’est avant tout une frontière. Mais de surcroît c’est un secteur qui rapporte à l’Etat. « D’après son PDG en personne, Augustin de Romanet, Aéroports de Paris a fait plus de 600 millions de bénéfices l’an dernier; Son chiffre d’affaires augmente de 10% à 30% chaque année. Et l’entreprise verse 170 millions d’euros de dividendes à l’Etat, plus 160 millions d’euros en impôts sur les sociétés » écrit Fakir dans son numéro 89. Au vu de ces chiffres difficile de comprendre cet acharnement, à moins que cela ne ressemble (une fois de plus) à du copinage ? « Ce n’est pas une compensation à l’abandon de Notre-Dame-des-Landes » avait précisé la ministre des Transports, Elisabeth Borne. Nous voilà rassurés, comme les habitants de Rouen (voir : Lubrizol : la confiance trahie ?).

Pourtant les cas tendant à démontrer que les privatisations ne sont jamais une bonne chose pour l’intérêt général sont nombreux. Les autoroutes par exemple, qui se sont transformées en une véritable poule aux œufs d’or pour les actionnaires (entre 2005 et 2017 ce sont ainsi 27 milliards d’euros de dividendes qui ont été versés aux actionnaires des sociétés d’autoroutes). Autre exemple, plus récent, la privatisation de l’aéroport de Toulouse-Blagnac, troisième aéroport de la France, avec le fiasco que l’on connaît depuis.

Mais surtout, au delà de la simple question de la rentabilité, se pose la question de la démocratie, de notre démocratie. Le meilleur moyen de la faire vivre n’est-il pas un vote des Français ?