Evo Morales, le 20 octobre 2019, dans la province de Chapare en Bolivie.
Evo Morales, le président de la Bolivie. Crédits photo : UESLEI MARCELINO / REUTERS

Dimanche, à l’annonce des premier résultats donnant Evo Morales en tête avec un peu plus de 45% des voix, les partisans du candidat du mouvement Communauté civique Carlos Mesa (journaliste et ancien président de la Bolivie d’octobre 2003 à juin 2005) s’étaient mis à rêver d’un second tour inédit. En effet la loi bolivienne exige un second tour si le candidat arrivé en tête dépasse au moins les 40% et que le second a, au minima, 10 points de moins. Or, avec 38,16% des suffrages Carlos Mesa pouvait avoir de l’espoir, même s’il n’était pas au « coude à coude » comme l’a expliqué le JT de France 2.

Toutefois, et peu de personnes l’ont souligné, ces résultats ne prenaient pas en compte le vote des zones rurales. Or celles-ci sont, traditionnellement, acquises à la cause du premier président indigène de l’histoire de la Bolivie. Rien de surprenant donc qu’après le décompte intégrant ces résultats, les scores aient été quelque peu modifiés. A l’heure où nous écrivons ces lignes les résultats définitifs n’ont pas été encore proclamés. Mais, avec 95% des bulletins dépouillés voici les résultats : Evo Morales atteint 46,86% des voix contre 36,72% pour son rival, Carlos Mesa.

Si ces scores ne changent pas Evo Morales sera donc élu et n’aura pas a affronté un hypothétique second tour. Par ailleurs le Mouvement pour le socialisme (MAS) a obtenu la majorité au Parlement.

Il n’en fallait pas plus pour que la Bolivie devienne en un rien de temps le Venezuela de ces derniers mois, et le Cuba de ces dernières années. La propagande médiatique a parfaitement su réagir, parlant de fraude à tout va, et ne donnant quasi exclusivement que la parole aux secteurs de l’opposition. Le stratagème est devenu presque une routine dès lors qu’il s’agit d’un pays qui ne répond pas aux standards des néolibéraux. Comme au Venezuela la guerre médiatique est la première arme désormais utilisé contre une nation. Comme s’il fallait formater l’opinion pour une (possible) future intervention.

Les autorités boliviennes avaient, par ailleurs, annoncé, avant même la tenue des élections, que des secteurs de l’opposition souhaitaient ne pas reconnaître les résultats si Morales l’emportait. Devant ce qui s’apparente de plus en plus à un Coup d’état, le gouvernement bolivien a pris les choses en main. Il a ainsi demandé à l’Organisation des états américains (OEA), un organisme connu pour ses positions hostiles aux gouvernements de gauche de la région, d’envoyer le plus rapidement possible une délégation afin de recompter les voix et dissiper toutes les contestations. De leurs côtés la Centrale ouvrière bolivienne (COB) et la CONALCAM ont annoncé la mobilisation de leurs forces pour défendre la démocratie. « Nous nous sommes déclarés en état d’urgence et en mobilisation nationale […] Nous dénonçons les intérêts oligarchiques et privatisants qui se cachent derrière ces actions violentes » peut-on lire dans le communiqué.

A suivre, car les élections du dimanche 27 octobre en Argentine et en Uruguay pourraient venir confirmer le retour d’une vague de gauche en Amérique latine.