L’eau de Venise a retrouvé sa clarté. Une première depuis des décennies.

Dans cette période tragique que connaît le monde entier, une chose demeure certaine. Nos modes de pensées vont être profondément changés. Et, si pour le moment rien n’est certain quant au fait que les gouvernements tireront les leçons des conséquences désastreuses des politiques ultralibérales sur nos systèmes de santé, tout le monde peut en revanche observer les effets sur la nature et sur les écosystèmes de la réduction des industries et de l’activité économique.

Pour l’heure les scientifiques semblent clair. Les phénomènes de réduction de la pollution, observés dans les zones en quarantaine à travers le monde (France, Chine, Italie etc.), sont dus à ces dîtes mesures de confinement. Néanmoins, ils semblent aussi sûrs d’eux lorsqu’ils affirment que cela n’aura pas, à moyen et à long terme, un effet sur le réchauffement climatique. Et il est facile de comprendre pourquoi. D’abord parce qu’on ne peut pas enrayer en quelques semaines, ou en quelques mois, ce que l’on a mis des dizaines d’années à détruire. Ensuite parce que sitôt cette pandémie vaincue, les pays voudront redémarrer rapidement leurs activités pour atténuer les effets d’une crise économique qui s’annonce pire que celle de 2008.

En attendant une prise de conscience et un changement de système économique nécessaire, voici une liste non-exhaustive des phénomènes observés en Italie, en Chine, et en France.

En Italie, pays [au 20 mars] où le nombre de morts est le plus haut du monde (devant la Chine) la quarantaine est imposée dans tout le pays depuis 9 mars. A Venise, pour la première fois depuis des dizaines d’années, l’eau des canaux de la Sérénissime est devenue claire. Les cygnes sont également revenus. Cela s’explique par l’absence des gros et des petits navires déversant chaque jour leur lot de touristes. Evidemment cela entraîne aussi une baisse de la pollution, non seulement à Venise mais dans toute la région du Nord. Copernicus a ainsi rapporté, mardi 17 mars, la baisse de la concentration de dioxyde d’azote (NO2) dans le Nord du pays. En Italie toujours, mais dans le Sud cette fois, les canards ont réinvesti les fontaines de Rome et des dauphins ont été aperçus dans le port de la ville de Cagliari.

L’évolution entre le 1er janvier et le 25 février. Crédits photo : NASA.

En Chine aussi la mise en quarantaine d’une région entière, l’arrêt de l’industrie dans cette zone et la baisse drastique du trafic de voiture ont contribué à une chute de la pollution. La qualité de l’air a nettement progressé grâce à la baisse des particules fines. Selon la NASA, entre le 25 janvier et le 8 février, les mesures de confinement prises en Chine auraient provoqué la baisse des émissions de CO2 de 25%. De même, toujours selon la NASA, entre le 1er et le 25 février, les émissions de dioxyde d’azote auraient baissé, aux alentours de la ville de Wuhan, de 10 à 30%. Enfin, les autorités chinoise ont également annoncé, à la fin du mois de février, l’interdiction complète et immédiate du commerce et de la consommation d’animaux sauvages.

En Chine, la baisse de la pollution va épargner plus de vies humaines que le virus en aura coûté

François Gemenne, membre du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec)

En France beaucoup de personnes, dans les campagnes, mais aussi dans les villes, observent et écoutent, de plus en plus, les chants des oiseaux. La Ligue de protection des animaux lance d’ailleurs un défi : les aider à réaliser un comptage. L’arrêt d’une partie des usines et de l’industrie devraient aussi permettre de diminuer la pollution dans l’air, et dans les cours d’eau. En attendant d’avoir des chiffres plus précis sur la pollution en France, une étude a révélé que depuis le début du confinement, la consommation d’électricité avait baissé de 15%.