Keir Starmer avec son prédécesseur à la direction du parti travailliste, Jeremy Corbyn
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En élisant Keir Starmer à la tête du Labour Party, ses militants enterrent, pour l’instant, une voie politique qui avait remis au goût du jour une certaine radicalité. Payant à la fois son revers électoral aux dernières élections, mais plus largement, sans doute, sa stratégie floue sur le Brexit, Jeremy Corbyn n’aura pas réussi son pari.

En 2015 la gauche reprenait le Labour

L’élection de Jeremy Corbyn n’était pas passée inaperçue dans un pays qui était habitué à ce que Travaillistes et Conservateurs soient d’accord, à peu de choses près, sur l’orientation économique, comme en Allemagne ou en France. Corbyn, lui, figure de l’aile gauche du Labour, souhaitait une rupture.

Il est grand temps que le Labour présente ses excuses au peuple britannique pour l’avoir entraîné dans la guerre en Irak sur la base d’une tromperie et au peuple irakien pour les souffrances que nous avons contribué à causer

Jeremy Corbyn, en 2015 alors qu’il était en campagne pour être élu à la tête du Labour Party.

Pourfendeur des politiques d’austérité et eurosceptique, ses idées (opposition au traité de libre-échange entre les Etats-Unis et l’Europe, contrôle des loyers, renationalisation du rail et des secteurs de l’énergie, salaire maximum), marquaient un réel changement avec ce qu’avait été la doctrine des Travaillistes depuis des années. Pacifiste convaincu, il s’était notamment vivement opposé à la guerre en Irak, et avait soutenu la cause palestinienne.

Pour la campagne des élections législatives anticipées du 12 décembre 2019 il avait réaffirmé ses idées dans le Manifeste de l’espoir, le programme du Labour. On y retrouvait ainsi la nationalisation des secteurs du rail, de l’eau et de la Poste, un changement radical en manière de politique écologiste avec une révolution industrielle verte, l’injection de milliards dans les services publics, une augmentation des salaires ou encore une hausse des impôts sur les plus fortunés.

Le Brexit : une épine dans le pied du Labour

Si le programme des Travaillistes était l’un des plus à gauche depuis des années, la question du Brexit était beaucoup moins un dossier sur lequel pouvait s’appuyer la formation. Si bien qu’on peut se demander si le Brexit, qui occupe l’esprit des Britanniques depuis 2016, n’a pas été, à lui seul, le facteur déterminant de la défaite [historique] du Labour.

En fait, Jeremy Corbyn, euroceptique convaincu, n’a en revanche jamais vraiment tranché cette question. En 2015, déjà, lors de sa prise de fonction, il n’avait pas réellement donné son opinion sur le référendum qui était alors promis par le gouvernement. Sa position a ensuite évolué lors de la campagne du référendum en 2016 lorsqu’il a soutenu le maintien du Royaume-Uni dans l’Union européenne tout en essayant de ne pas se retrouver dans le même camp que les centristes souhaitant conserver l’UE telle quelle. Difficile jeu d’équilibre que les Britanniques lui ont sans doute fait payer par la suite.

Pour les dernières élections, Corbyn a ensuite milité pour un second accord avec l’Union européenne et sa soumission à référendum dans les 6 mois avec l’option de partir ou de rester.

Une défaite historique

Le 12 décembre dernier, lors des législatives anticipées, le Labour Party a connu une défaite cinglante. Certes il s’est hissé en seconde position, mais avec 32,4% des voies (-7,9% par rapport à la dernière fois) il a perdu 60 sièges et n’en a obtenu que 202. A l’inverse, les Conservateurs, menés par Boris Johnson, ont recueilli 43,6% des suffrages (+1,2% par rapport à la dernière fois) et ont gagné 48 sièges pour en obtenir 365.

Avec ces résultats, le pire score du Labour depuis 1935, et la perte de circonscriptions acquises à la gauche depuis des décennies, il était certain que Jeremy Corbyn ne resterait pas à la tête du Parti. Dès lors une bataille interne s’est engagée entre Keir Starmer et Rebecca Long Bailey.

Les centristes reprennent le contrôle du Labour

Le premier, âgé de 57 ans, est un ancien avocat et était, jusqu’à présent, responsable pour le Labour du Brexit. C’est surtout un europhile et un centriste convaincu. La deuxième, âgée de 40 ans, est plus à gauche et était considérée comme l’héritière de Corbyn. Elle était chargée des sujets liés aux entreprises au sein de la formation. Enfin, une troisième candidate, Lisa Nandy était elle soutenue par le syndicat GMB, affilié au Labour et fort de plusieurs centaines de milliers de membres.

Finalement c’est bien Keir Starmer qui l’a emporté, samedi 4 avril. Son succès marque le retour du Labour au centre-gauche de l’échiquier politique et remet en cause tout ce qu’a réalisé le Labour depuis 2015, à commencer par le programme de Jeremy Corbyn.