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Il y a quelques jours, je suis retombé sur une vidéo publiée pendant la campagne des législatives de 2017. Postée sur Twitter par un compte de soutien à Emmanuel Macron, celle-ci entendait alors démentir les supposées fake news de Jean-Luc Mélenchon et annoncer ce que la France gagnerait à donner une majorité au tout nouveau président. Plus de trois ans après, il est temps de faire un bilan.

La vidéo en question.

Quand Jean-Luc Mélenchon dit que « Macron veut détruire le Code du travail par ordonnances » : il ment

Le code du travail avait déjà été mis à mal par la loi El-Khomry, rédigée en grande partie par celui qui n’était alors qu’un ministre : Emmanuel Macron. Dès son arrivée au pouvoir, ce dernier a continué à détricoter le code du travail. Il a pour cela bel et bien utilisé des ordonnances. « En juillet 2017, Emmanuel Macron inaugurait son quinquennat par un projet de loi uniquement composé d’ordonnances pour réformer le code du travail », écrivait le Monde (1). Pour avoir une idée complète des conséquences de ces ordonnances, l’Union générale des ingénieurs, cadres et techniciens de la CGT avait publié un dossier complet, à retrouver ici.

Quand Jean-Luc Mélenchon dit que « Macron veut augmenter la CSG sur les pensions de retraites » : il ment

Contrairement à ce que stipule la vidéo, Emmanuel Macron avait bien augmenté la CSG pour les retraités. Au 1er janvier 2018, celle-ci avait subi une hausse de 1,7 points pour tous ceux touchant plus de 1 200 euros par mois. En visite à Tours, en mars 2018, Macron avait été interpellé par une retraitée. « On a travaillé toute notre vie, et vous nous pompez ». Et lui de répondre : « Je vous demande un petit effort pour relancer l’économie. » « Comment a-t-il osé dire cela après tous les cadeaux qu’il a accordés aux plus riches » ? (fin de l’ISF, fin de l’exit tax, flat tax etc.), s’interrogent Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot dans leur ouvrage intitulé Le président des ultras-riches (2).

Devant le mécontentement populaire, Emmanuel Macron avait finalement reculé. En décembre 2018, pour tenter de répondre au mouvement des Gilets jaunes, il avait annuler cette hausse pour les retraités touchant moins de 2 000 euros par mois.

Quand Jean-Luc Mélenchon dit que « Macron veut abandonner les 9 millions de pauvres à leur sort » : il ment

En 2017, l’Insee comptabilisait 8,9 millions de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté*. En 2018, ce chiffre avait grimpé à 9,3 millions, soit 14,8% de la population. Ce pourcentage avait légèrement reculé en 2019 pour atteindre 14,5%, soit 210 000 personnes de moins qu’en 2018. Néanmoins, la pauvreté est repartie à la hausse en 2020, en partie à cause des effets de la pandémie. D’après un rapport du Secours catholique, la France pourrait franchir la barre des 10 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté cette année. Parmi elles, les jeunes sont particulièrement impactés.

L’observatoire des inégalités, qui retient un seuil de pauvreté à 50% du niveau de vie médian (60% pour l’Insee), a lui aussi publié un rapport prévisionnel, concernant 2020 et 2021. Il alerte : « Le gouvernement risque bien de regretter plus tard son cynisme social. […] De nombreuses personnes vont probablement basculer pour un moment dans la pauvreté, suite à la perte de leur emploi. Les moins qualifiés notamment. »

Enfin, en juillet 2017, lors d’une cérémonie de naturalisation, Emmanuel Macron déclarait : « La première bataille, c’est de loger tout le monde dignement. Je ne veux plus, d’ici la fin de l’année, avoir des femmes et des hommes dans les rues, dans les bois ou perdus. » Si depuis, le président a précisé qu’il parlait des migrants, et non de tous les sans-abris, il a toutefois reconnu « un échec ». Lors de ses vœux de 2018, il avait en revanche bien déclaré souhaiter « apporter un toit à toutes celles et ceux qui sont aujourd’hui sans abri. » Nouvel échec. Selon la Fondation Abbé Pierre, il y aurait, en 2020, près de 300 000 SDF.

*« Le taux de pauvreté correspond à la proportion d’individus (ou de ménages) dont le niveau de vie est inférieur pour une année donnée à un seuil, dénommé seuil de pauvreté (exprimé en euros). L’Insee, comme Eurostat et les autres pays européens, mesure la pauvreté monétaire de manière relative alors que d’autres pays (comme les États-Unis ou l’Australie) ont une approche absolue. Dans l’approche en termes relatifs, le seuil de pauvreté est déterminé par rapport à la distribution des niveaux de vie de l’ensemble de la population. On privilégie en Europe le seuil de 60 % du niveau de vie médian », explique l’Insee sur son site.

Quand Jean-Luc Mélenchon dit que « Macron est favorable au diesel et à l’agriculture chimique » : il ment

Le bilan écologique d’Emmanuel Macron ne joue pas en sa faveur. A propos du diesel, la hausse de la fiscalité énergétique, notamment la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques, avait été l’une des causes du début du mouvement des Gilets jaunes, même si, en réalité, les revendications étaient bien plus larges.

Néanmoins, une loi a bien été votée en 2019. Elle prévoit qu’en 2040, plus aucun véhicule utilisant des carburants fossiles ne pourra être vendu. Certaines ONG environnementales, dont le Réseau action climat, ont toutefois dénoncé l’insuffisance de cette loi. Globalement, beaucoup d’ONG et de journalistes s’accordent pour pointer du doigt l’action gouvernementale en matière écologique. Ecologie et climat : le bilan catastrophique d’Emmanuel Macron titrait ainsi Greenpeace dans un dossier consacré au sujet. Même son de cloche du côté du Monde, qui avait réalisé un bilan poussé de la politique environnementale du gouvernement en novembre 2019 : Ecologie : le bilan pas très vert du gouvernement, et du côté de Reporterre : Macron, le bouffon de l’écologie (février 2020) et Le pitoyable bilan de M. Macron en écologie (mai 2019).

Quant à l’industrie chimique, si on entend par là les règlementations en matière de pesticides, d’engrais et autres produits chimiques alors, là encore, le bilan d’Emmanuel Macron n’est pas bon. Certes, l’usage des pesticides est un peu plus encadré (loi sur l’agriculture et l’alimentation de 2018), mais cela reste insuffisant. Didier Guillaume avait par exemple, dès son arrivée au ministère de l’Agriculture, déclaré que les « scientifiques devraient faire la preuve ou non qu’il y a des conséquences sur la santé. » Le gouvernement a aussi acté, en novembre 2020, la fin du Haut conseil des biotechnologie. Une institution, créée en 2008, suite au Grenelle de l’environnement.

Trois ans plus tard, le glyphosate n’est toujours pas interdit.

Le glyphosate

En novembre 2017, le président de la république s’était engagé à supprimer l’usage du glyphosate d’ici trois ans. Il ne l’a pas fait. En juin 2018, il a de nouveau réitéré son souhait de le supprimer « d’ici trois ans ».

Néonicotinoïdes

Ces pesticides, très dangereux pour les abeilles, avaient d’abord été interdits en 2018, conformément à une loi votée en 2016, sous le quinquennat de François Hollande. Toutefois, des dérogations avaient été accordées, jusqu’en juillet 2020, pour environ 0,4% de ces produits. En novembre 2020, l’usage des néonicotinoïdes a de nouveau été autorisé, jusqu’en janvier 2023, pour soutenir les cultivateurs de betteraves. Un recours au conseil constitutionnel a été déposé par des parlementaires de quatre groupes (Gauche démocrate et républicaine, La France insoumise, Socialistes et apparentés, Libertés et Territoires) et par des des membres de l’ancien groupe collectif Écologie Démocratie Solidarité.

Chlordécone et dioxyde de titane

Le contrôle de l’utilisation du chlordécone a été renforcé. De plus, « un arrêté interministériel, publié le 26 mai au Journal officiel, a abaissé la limite maximale de résidus (LMR) pour le chlordécone dans la viande. La mise sur le marché des denrées alimentaires contenant des résidus de cet insecticide organochloré au-delà de la LMR est interdite. »

Quant au dioxyde de titane, un additif très répandu, son interdiction est entrée en vigueur en 2020, après avoir été votée en 2018.

La deuxième partie de la vidéo claironne ce que la France gagnerait à donner une majorité à Emmanuel Macron. Cinq annonces sont faîtes.

« Vous augmenterez le pouvoir d’achat de tous les Français »

Il est vrai que le pouvoir d’achat avait connu une hausse pendant trois années consécutives : en 2017 (+1,7%), en 2018 (+1,3%) et en 2019 (+2.5) Néanmoins, en 2020, il devrait de nouveau baisser de 0,5% par rapport à l’année précédente. Le gouvernement table sur un « rebond de 1,5% dès 2021 », selon Olivier Dussopt.

Il n’en reste pas moins vrai que des disparités profondes entre les pauvres et les riches persistent. Elles se sont mêmes accrues, à la faveur de la crise sanitaire mais aussi (et surtout) de la politique ultralibérale menée par l’exécutif. D’après l’Insee, en 2018, les inégalités de niveau de vie ont augmenté. Un autre rapport, publié en octobre 2020 par France stratégie, un organisme rattaché à Matignon, corrobore ces faits. Il démontre notamment une hausse des dividendes et un accroissement des revenus des 0,1% les plus aisés.

« Vous favoriserez l’égalité des chances à l’école »

Le classement PISA (programme international pour le suivi des acquis des élèves) mesure les performances des systèmes scolaires de 79 pays, dont les 37 membres de l’OCDE. Le dernier rapport, publié en décembre 2019, montre que la France stagne à ce classement, à cause des inégalités existant dans notre système éducatif. La France se classe ainsi 26ème pour les mathématiques, 25ème pour les sciences, et 24ème pour la lecture. Le confinement ne devrait pas arranger les choses.

« Vous défendrez une écologie qui n’oppose pas les Français entre eux »

Bien que cette phrase soit particulièrement creuse et vide de sens, plusieurs rapports et bilans ont déjà montré que l’écologie n’est pas la priorité de ce quinquennat. (voir au dessus.)

« Vous donnerez les moyens de récréer de l’emploi et de relancer l’économie »

Emploi

Avant la crise sanitaire, l’Insee avait noté une baisse du chômage. Hors Mayotte, celui-ci s’établissait, au quatrième trimestre 2017, à 9%. Deux ans plus tard, au quatrième trimestre 2019, il avait été rabaissé à 8,1% (son plus bas niveau depuis 2008). Toutefois, l’Insee précise bien que ces chiffres ne prennent pas en compte les personnes sans emploi mais n’étant pas enregistrées à Pôle emploi. Au quatrième trimestre 2019, ce nombre était estimé à 1,7 millions alors qu’il n’était que 1.55 au troisième trimestre 2017. Les chiffres les plus récents du chômage, au troisième trimestre 2020, démontrent que celui-ci est remonté à 9%. Mais, là encore, la crise sanitaire devrait aggraver la situation. Depuis le mois de septembre 2020, plus de 35 000 suppressions de postes ont d’ores et déjà été annoncées.

Economie 

La croissance était de 2,3% en 2017 , de 1,7% en 2018 et de 1,2% en 2019. En 2020, le PIB devrait chuter de 9 à 10%, d’après le gouverneur de la Banque de France. Au deuxième trimestre de cette année, le PIB s’était contracté de 13,8%.

« Vous soutiendrez une Europe réformée pour la rendre plus forte »

Si la crise sanitaire à démontré une chose, c’est bien la faiblesse et l’inefficacité de l’Union européenne, incapable de s’entraider pour porter secours à l’un de ses Etats membres (3). Au début de la crise, l’Italie avait ainsi dû compter sur la Chine, la Russie et Cuba.


(1) Emmanuel Macron, champion du recours aux ordonnances…derrière François Hollande.

(2) Aux éditions la découverte.

(3) https://lesnouvelleslibres.com/2020/03/25/le-covid-19-va-t-il-signer-la-fin-de-lunion-europeenne/