Le président vénézuélien, Nicolas Maduro
Photo: Yuri Cortez Agence France-Presse

Dimanche 6 décembre, le peuple vénézuélien a donné une majorité à la coalition du Grand pôle patriotique Simon Bolivar, menée par le Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV). Avec 67,6% des suffrages exprimés, celle-ci s’empare de la majorité des sièges à l’Assemblée nationale, qui depuis 2015 était dirigée par la droite. L’occasion pour la plupart des médias de dénoncer, une nouvelle fois, le processus électoral vénézuélien.

Les résultats officiels ont été proclamés par le Conseil national électoral vénézuélien (CNE). Le Grand pôle patriotique recueille 253 députés (sur 277), soit 198 de plus qu’en 2015. La coalition Alliance démocratique, menée par Action démocratique, obtient 18 députés (11 pour Action démocratique, 14 de moins qu’en 2015). Une autre coalition, Venezuela uni, fait élire 2 députés. Enfin, le Parti communiste du Venezuela, qui avait choisi de se présenter hors du cadre du Grand pôle patriotique, avec d’autres partis au sein de l’Alternative populaire révolutionnaire, obtient 1 seul député (1 de moins qu’en 2015). Les trois derniers sièges restants sont réservés aux communautés indigènes. Celles-ci votaient quelques jours plus tard.

Les causes de l’abstention

La participation à ce scrutin a été de 31%. Elle est incontestablement faible, mais peut être expliquée par plusieurs facteurs. D’abord, une partie de l’opposition, emmenée par la marionnette des Etats-Unis Juan Guaido, avait demandé un boycott des élections. Elle organise, dans le même temps, sa propre consultation, qui n’a aucune valeur juridique. Pourtant, difficile de croire que ceux qui appellent aux sanctions contre leur propre pays, voire à une intervention militaire, puissent encore avoir une réelle influence. D’ailleurs, le 5 janvier prochain, lorsque la nouvelle assemblée entrera en fonction, Juan Guaido perdra le peu de légitimité qui lui restait.

Le Venezuela souffre d’une guerre économique. Le Venezuela souffre d’un blocus financier. Avant toute chose, il faut mettre un terme à la guerre économique, il faut lever les sanctions, parce que sont ces sanctions qui empirent la situation d’insuffisance d’approvisionnement dans le domaine médical.

Alfred de Zayas, expert mandaté par l’ONU qui s’était rendu au Venezuela notamment en 2018.

D’autres explications de cette forte abstention sont facilement identifiables : la pandémie, le blocus américain et les sanctions. Le Venezuela était encore confiné quelques jours avant le scrutin, et les précautions sanitaires pour aller voter attestent que beaucoup craignaient d’être contaminés. Pour rappel, en France, lors des dernières élections municipales, la participation avait été de 46% au premier tour et de 41% au second.

Quant au blocus et aux sanctions américaines, ils sont comparables aux sièges des villes de l’époque médiévale », avait déclaré Alfred de Zayas, ancien expert mandaté par l’ONU et qui s’était rendu, dans le cadre d’une mission onusienne, au Venezuela en 2018. Le blocus provoque des pénuries en tout genre, y compris de médicaments et d’essence. Dès lors, il est plus facile de comprendre pourquoi on préfère faire la queue à la station-essence ou à la pharmacie plutôt qu’à un bureau de vote.

Venezuela et Roumanie : même taux de participation, analyses différentes

Ignorant ces dits facteurs, la plupart des médias ont immédiatement hurlé à la non-légitimité des élections, prétextant cette forte abstention et un manque de transparence, voire des fraudes. Ils avaient de toute façon décide, bien avant le scrutin, que ce dernier ne vaudrait rien.

Ce serait oublier les plus de 14 000 candidats et les 3 000 observateurs internationaux, dont Rafael Correa, ancien président de l’Equateur, Evo Morales, ancien président de la Bolivie, José Luis Zapatero, ancien président du gouvernement de l’Espagne, ou encore Fernando Lugo, ancien président du Paraguay. Mais passons. Si l’infernale machine médiatique a décrété que les élections au Venezuela étaient illégitimes, c’est qu’elles le sont. L’Union européenne, phare éclairé de la démocratie, n’a-t-elle d’ailleurs pas annoncé qu’elle ne reconnaissait pas les résultats ? Et les Etats-Unis n’ont-ils pas répété qu’ils continueraient à soutenir le putschiste Juan Guaido ? Officiellement ce dernier continue d’être soutenu par « une cinquantaine de pays », aiment rappeler les prétendus experts. Volontairement ou non, ils oublient toutefois de préciser que l’ONU dispose de 193 Etats membres, plus deux Etats observateurs (le Vatican et la Palestine). Autrement dit, plus de 140 Etats, dont la Chine, l’Inde, la Russie, la Turquie ou encore l’Afrique du Sud, reconnaissent Nicolas Maduro comme président légitime. Etrange.

Plus étrange encore, d’autres élections législatives se tenaient le même jour, en Roumanie, pays membre de l’Union européenne. Ironie de l’histoire, le taux de participation a été le même qu’au Venezuela, soit 31%. Curieusement ni l’Union européenne, ni les médias n’ont trouvé quelque chose à redire.

En réalité, tout comme il y a de bonnes et de mauvaises élections, sous entendu suivant le résultat, il y a une bonne et une mauvaise participation. Depuis des années le Venezuela est dans le collimateur des grands groupes de presse et de la diplomatie européenne. Puisque Etats-Unis l’ont désigné comme un pays à abattre, tous les coups sont permis. Qu’importe les mensonges, qu’importe le non-respect du contradictoire, qu’importe même le blocus et les sanctions, responsables de milliers de morts au Venezuela. L’important c’est que Nicolas Maduro abandonne, que le Venezuela renonce à sa souveraineté et à sa Révolution bolivarienne. En refusant de se lancer pleinement dans la bataille électorale, l’opposition vient peut-être (sans doute) de se tirer une balle dans le pied. N’ayant plus de majorité à l’assemblée, elle vient de perdre le seul organe institutionnel qu’elle contrôlait encore.