Qui sera le plus ferme? | Thomas Samson / AFP
Thomas Samson / AFP

Dimanche 14 novembre, j’ai voulu regarder le débat de la droite diffusé simultanément sur BFM-TV et RMC. Sécurité, immigration, pouvoir d’achat, place de la France dans le monde, les cinq candidats ont chacun pu livrer leurs propositions. Sans surprise, les vieilles recettes ont été remises sur la table.

D’abord commençons par rappeler une évidence que les « journalistes » de BFM-TV n’ont sans doute pas jugé bon de préciser. Parmi les cinq candidats, trois ont déjà été ministres sous Nicolas Sarkozy et/ou sous Jacques Chirac : Valérie Pécresse, Xavier Bertrand et Michel Barnier. Eric Ciotti est lui député depuis 2007. Quant au cinquième, Philippe Juvin, il a été député européen de 2009 à 2019 mais son cas nous intéresse moins. Ainsi lorsque tout à tour ils dénoncent (pendant près de deux heures) ici l’insécurité, là l’immigration, là encore le manque de moyens dans la Justice ou la santé, il aurait été sans doute judicieux de la part des animateurs du débat de parler de leur bilan lorsqu’ils étaient au pouvoir.

Sur la sécurité par exemple, puisqu’il s’agissait d’une thématique à part entière, Xavier Bertrand a martelé vouloir un « rétablissement de l’ordre ». Les autres ont tantôt dénoncé une justice pas assez dissuasive tantôt réclamé une plus grande sévérité dans les peines. Pourtant, entre 2007 et 2012, lorsque Nicolas Sarkozy était au pouvoir et qu’ils étaient donc soit député soit ministre, près de 13 000 postes de policiers et de gendarmes avaient été supprimés. Dans une interview accordée au Nouvel Obs, en avril 2012, le président de l’Union syndicale des magistrats déclarait : « Le bilan n’est pas bon. Justice et magistrats n’ont jamais été autant maltraités ».

Idem pour la santé. Car si Pécresse et Bertrand notamment ont loué l’hôpital public, ce dernier est en partie responsable des difficultés qu’il rencontre actuellement. Xavier Bertrand a été ministre de la Santé entre 2005 et 2007 puis entre 2010 et 2012. Ainsi, d’après les chiffres du ministère de la Santé et de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques, 69 000 lits d’hospitalisations ont été supprimés entre 2003 et 2007. La FSU rappelle elle que sous Nicolas Sarkozy 46 500 lits ont été supprimés.

A droite toute

Immigration, sécurité, terrorisme : sur ces thèmes qui ont pris presque 2 heures, les candidats ont rivalisé de propositions plus à droite les unes que les autres, tout en tapant sur Eric Zemmour (à l’exception d’Eric Ciotti). Globalement, les cinq participants sont tous d’accord pour réduire ou contrôler l’immigration. Pourtant, aucun d’entre eux ne remet en cause l’origine de cette immigration qu’ils haïssent tant. Notamment les guerres dans laquelle la France s’est engagée, directement ou indirectement, au Mali, en Libye, en Irak ou en Syrie.

De plus, personne n’a jugé nécessaire d’aborder les potentiels millions de réfugiés climatiques. D’après une étude de la Banque mondiale, d’ici à 2050 ils pourraient y en avoir 216 millions.

Obsédés par la question migratoire, les candidats n’ont absolument pas évoqué les questions environnementales, si ce n’est pendant quelques secondes, au bout de 2h15 de débat…

Pouvoir d’achat : on prend les mêmes et on recommence

« Je ne suis pas communiste, je ne bloque pas les prix. » Cette phrase, prononcée par Valérie Pécresse peut résumer à elle seule les contradictions de la droite en matière de politique sociale. Car si tous sans exception dénoncent les injustices et la pauvreté, notamment des personnes âgées et des travailleurs qui ne parviennent pas à joindre les deux bouts, aucun ne propose de solution pour résoudre ces problèmes. Valérie Pécresse souhaite par exemple augmenter les salaires de 10 % mais, en enlevant les cotisations, c’est à dire le salaire différé permettant de financer la sécurité sociale, la retraite, le chômage etc. Autrement dit ce qu’ils gagneraient d’un coté, les salariés le perdraient immédiatement de l’autre. Elle souhaite aussi créer un revenu pour les jeunes actifs et augmenter les allocations pour enfants.

Eric Ciotti entend également défendre les retraités et propose qu’aucune pension de retraite ne soit inférieure au SMIC et que ces dernières soient indexées aux prix. Mais il propose aussi d’augmenter l’âge de la retraite à 65 ans, d’augmenter le temps de travail hebdomadaire à 39 heures et surtout baisser les dépenses publiques, d’après lui les « plus grandes du monde ». Naturellement quiconque a un peu de bon sens comprendra qu’un tel système n’est pas viable pour la santé des travailleurs. Les évolutions sociales, économiques, techniques et technologiques ne peuvent aboutir à un retour aux conditions de travail du XX ou du XIXème siècle.

Parmi les autres propositions notons celles de Xavier Bertrand : le remplacement de la prime d’activité par la prime au travail, l’augmentation du temps de travail (sic) ou bien la garantie pour un salarié à temps plein de ne pas toucher moins de 1 500 nets par mois.

Sur le temps de travail Philippe Juvin suit le mouvement en déclarant qu’il faut « donner la possibilité aux Français de travailler plus » (re-sic). Il envisage aussi la création d’un bouclier fiscal sur l’énergie, la fin de la TVA sur le pétrole, la baisse de la TVA sur les produits fabriqués dans l’Union européenne, ou encore une « fiscalité patriotique » pour les entreprises afin qu’elles s’installent en France, mesure qui constituerait surtout à leur faire des cadeaux, en parfaite continuité avec la politique actuelle.

Enfin, Michel Barnier, pas vraiment original non plus, prévoit la suppression totales des « charges » pour les jeunes pendant les trois premières années de leur emploi (re-re-sic), ou bien une baisse d’impôts de l’ordre de 10 milliards pour les entreprises.

Redonner une place à la France

Pour la quatrième et dernière thématique, les candidats ont encore une fois affiché une certaine unanimité. La France doit retrouver une place dans le concert des nations. Pour cela il semble nécessaire et logique de sortir de notre vassalisation diplomatique à l’égard des Etats-Unis et de retrouver une diplomatie neutre. Le général De Gaulle dont tous se revendiquent avait par exemple, en son temps, été le premier dirigeant occidental à reconnaître, en 1964, la République populaire de Chine.

Une fois encore, les solutions proposées ne sont pas en cohérences avec les objectifs affichés. Car si Eric Ciotti souhaite effectivement sortir, non pas de l’OTAN, mais simplement de son commandement intégré, les autres veulent rester au sein de cette alliance militaire qui, rappelons-le, avait pour objectif de faire face au Pacte de Varsovie et à l’URSS (ces deux entités n’existant plus depuis 1991).

Globalement, la droite a repris ses anciens thèmes fétiches et ses anciennes propositions. A leurs yeux, toute augmentation réelle de salaire (sans toucher aux cotisations), toute diminution du temps de travail ou de l’âge de la retraite ou bien toute politique publique avec des moyens en augmentation pour financer les services publics ne sont que fantaisies et irresponsabilités. Pourtant, c’est bien leur politique économique qui est en vigueur depuis des dizaines d’années, avec les résultats que l’on connaît.